20 février 2020

Goin' Dark



Poppy
I Disagree
2020


Commencer par une electro-pop sucrée pour arriver au metal, voilà un parcours peu commun. C'est celui de  Moriah Rose Pereira alias Poppy qui, en quelques années, est passée de l'un à l'autre presque sans transition.

Presque parce que le germe de cette mue était déjà présent dans le précédent album de la jeune femme comme sur, par exemple, Play Destroy enregistré avec la canadienne Grimes mais plus encore sur le EP Choke sorti l'an dernier. Bon, ce n'était, pensait-on, qu'un épiphénomène, une épice jetée dans son cocktail toujours aussi liquoreux mais il faut croire que la sauce a pris et, désormais, c'est full on que Poppy, dès la pochette aux allures black-metaleuses (trompeuses parce que de Black Metal il n'y a pas trace ici) de ce nouvel opus, fait des grosses guitares et des rythmes barbares son, partiel, fond de commerce.

Sans doute aura-t-il fallu un changement de management pour que pareille entreprise voit le jour. Out Titanic Sinclair, jadis mentor de la demoiselle qui, s'il est toujours crédité en temps que compositeur, a pris ses distances avec les arrangements et l'enregistrement de I Disagree qui marquera d'ailleurs leur ultime collaboration pour d'obscures raisons de mauvais traitement et de rapports humains compliqués qu'on ne décrira pas ici, c'est pas Voici quand même !

Mais bon, l'essentiel est ailleurs et on se réjouit que Poppy n'ait pas été coulée par ce funeste Titanic et que, bien au contraire, le petit coquelicot montre ses jolis crocs avec de furieuses envies d'en découdre ! Ce n'est pas pourtant que son passé pop soit totalement oublié car, pour metal que la base de la plupart de ces 10 chansons soit, Poppy a su ne pas totalement larguer les amarres et conserve ici une conception accrocheuse de la mélodie. Parce que Poppy porte toujours bien son nom et, particulièrement, les trois premières lettres d'icelui : POP. Et oui, on trouve bien dans I Disagree, les grosses guitares downtunées du new metal, quelques leads hérités du thrash des 80s, des accroches industrielles (souvent), du metal, metal, metaaaaaaal !, et j'en passe, mais pour servir une collection de chansons toutes ou presque fondamentalement POPs !

Sur le papier, la fusion peut laisser dubitatif mais, vraiment !, elle fonctionne du feu de Satan ! Et pour improbable que tout ceci soit c'est, peut-être, alors que le genre a perdu la faveur des foules, une façon de redorer son blason commercial voire artistique parce que le machin convainc et ouvre de nouvelles pistes qui, allez savoir, donneront peut-être envie à certaines de ses condisciples de s'essayer aussi aux grosses guitares qui tâchent parce qu'entre elle et les japonaises de Babymetal, c'est un peu une nouvelle révolution de la chose qui s'annonce.

Allez, je n'en dirai pas plus, ne dévoilerai pas toutes les petites trouvailles sonores (elles sont nombreuses) que propose une galette mutante et réussie, je laisse aux auditeurs que ce descriptif sommaire aurait titillé le loisir de la découverte de cette nouvelle Poppy et de son I Disagree ô combien réussi.

1. Concrete 3:20
2. I Disagree 3:13
3. BLOODMONEY 3:02
4. Anything Like Me 3:19
5. Fill the Crown 3:32
6. Nothing I Need 2:49
7. Sit / Stay 3:54
8. Bite Your Teeth 2:42
9. Sick of the Sun 3:11
10. Don't Go Outside 6:06

17 février 2020

Back in the Club



Bombay Bicycle Club
Everything Else Has Gone Wrong
2020


De retour après un hiatus de trois ans, avec un line-up toujours inchangé, les anglais de Bombay Bicycle Club, des potes depuis le lycée, semblent avoir bien rechargé leurs batteries et être prêts à affronter les plus vertigineux cols himalayens avec une nouvelle galette au moins aussi réussie et inspirée que l'excellent So Long, See You Tomorrow de 2014.

Comme à son habitude passée, le groupe ne se repose pas sur des effets de manche ou des gimmicks faciles préférant mettre en avant les compositions articulant son indie rock tout en nuance et délicatesse avec des arrangements aux petits oignons.

Si vous insistez vraiment pour rapprocher la galette de contemporains de la formation, on évoquera le dernier album en date des new yorkais de Vampire Weekend, Father of the Bride, mais avec ce détachement tout britanique qui fait la différence et beaucoup moins de pompe aussi. On pourra aussi évoquer des plus belles heures de grands anciens tels que les Kinks, et on pourrait trouver pire comme comparaison, avec un petit quelque chose de dépressif en plus.

Pas seulement un groupe à guitares, le Bombay Bicycle Club sait proposer de jolis arrangements de cuivres (Get Up, I Worry About You), des intrusions synthétiques bienvenues (Let You Go ou le très New Order Everything Else Has Gone Wrong), voire une esthétique afrobeat qu'on n'attendait pas forcément chez ces petits blancs (quoique les Talking Heads en firent leur ordinaire sur le brillantissime Remain In Light) sur un très réussi Do You Feel Loved.

Album souvent introspectif, nuancé donc, peuplé par les paroles intelligentes de son leader de chanteur, Jack Steadman, et doté d'une production claire, précise et chaude (par l'ex-The Paper Chase et désormais metteur en son très demandé, de Angel Olsen à Xiu Xiu en passant par Franz Ferdinand pour ne citer qu'eux), Everything Else Has Gone Wrong porte sa mélancolie douce-amère avec une classe absolument gagnante. Les amateurs d'indie pop moderne et intelligente apprécieront.

1. Get Up 2:33
2. Is It Real 3:05
3. Everything Else Has Gone Wrong 4:09
4. I Can Hardly Speak 3:59
5. Good Day 3:52
6. Eat, Sleep, Wake (Nothing but You) 3:39
7. I Worry Bout You 3:40
8. People People (featuring Liz Lawrence) 3:27
9. Do You Feel Loved? 4:22
10. Let You Go 4:48
11. Racing Stripes 4:06

Jack Steadman – vocals, guitar, sampler, piano, bass
Jamie MacColl – guitar, bass
Ed Nash – bass
Suren de Saram – drums
Additional musicians
Liz Lawrence – vocals (8), backing vocals (2, 6, 9)
Billie Marten – backing vocals (11)
Nate Walcott – trumpet (2, 4, 7, 9)
Aniela Marie Perry – cello (2, 4, 9, 11)
Elizabeth Baba – violin (2, 4, 9)
Madeline Falcone – violin (2, 4, 9)
Marta Sofia Honer – viola (2, 4, 9)
David Moyer – tenor saxophone (2, 7, 9)
David Urquidi – tenor saxophone (2, 7, 9)

15 février 2020

My Name is Billie, Billie Eilish



A peine son succès des Grammy Awards passé, Billie Eilish dévoile la chanson qu'elle et son frère, Finneas O'Connell, ont fomenté pour le nouveau James Bond, No Time To Die.
La chanson, comme c'est la coutume, reprend le titre du film et, sans surprise, c'est d'une ballade avec un soutien orchestral (discret) et la voix délicate de Billie dont il s'agit, du pur Billie Eilish donc et une chanson qui fonctionne admirablement bien même si elle surprend parce que les thèmes des James Bond sont habituellement plus rythmés.
Alors, Billie Eilish est-elle soluble dans l'univers du plus célèbre agent secret du cinéma ? Que pensez-vous de cette addition à l'univers de 007 ? Perso, mais je suis fan de la demoiselle donc pas forcément très lucide sur ce coup... Mais quelle classe !
A vos commentaires !

12 février 2020

Grace Under Pressure



FKA Twigs
Magdalene
2019


Vous aimez Kate Bush ? Tahliah Debrett Barnett alias FKA Twigs aussi ! Et, dieu !, que ça s'entend sur son second opus, Magdalene...

Bon, évidemment, il serait caricatural de résumer la musique de l'anglo-jamaïcaine à cette unique référence et, surtout, d'en démettre sa personnalité propre, parce que personnalité il y a. Et puis, même quand le fantôme de la grande Kate est (souvent) convoqué, ce sont sous des atours de modernité qui, ma foi, lui vont bien au teint.

Mais, heureusement, il y a plus dans le Magdalene de FKA Twigs, plus dans ces 39 trop courtes minutes de grâce féminine quasi elfique, plus dans cette ambient-soul du troisième millénaire. Déjà, et avec une flopée de producteurs et la variété de styles abordés ce n'est pas la moindre gageure, il y a une belle unité de ton qui doit beaucoup à la voix gracieuse de l'artiste.

Parce que du crescendo/decrescendo electro-ambient d'ouverture (Thousand Eyes, où, c'est vrai, l'influence précitée est l'évidence même), à la glitchy soul gracile et déterminée de Home with You, d'une relecture électronique toute en délicatesse de ce qu'un Peter Gabriel savait produire dans la seconde moitié des années 80 (c'est un compliment !) sur le poignant Sad Day, de l'assimilation sans effort, naturelle, de l'esthétique moderne (rapper inside, Future en l'occurrence, seul feature "in" de l'opus d'ailleurs et seul recours un peu gênant à l'autotune) de Holy Terrain, d'un Mary Magdalene sous influence Laurie Anderson/Björk aussi mélodiquement intemporel qu'inscrit dans son temps en matière de production, du plutôt rythmique, presque agressif (une rareté sur l'album) et passionné Fallen Alien, du post-moderne, sensuel et désarticulé Mirrored Heart, du presque douloureux et anémique Daybed à un Cellophane à la grace féminine et dramatique absolue, il est évident que le joyau absolu de l'exercice est la voix de Tahlia.

Ce n'est pas à dire que l'écrin, et quel écrin !, ne compte pas, ne fait pas son "petit" effet, il le fait donnant une substance totalement organique à son parti-pris majoritairement électronique. Et il y a moult trouvailles sonores, dans Magdalene mais, toutes sans exception, ne visent qu'à mettre en valeur les compositions et la voix de Twigs.

Un rêve éveillé, Magdalene n'est pas de ces albums qui vous explosent à la face, vous poussent vers le dance-floor. Évidemment, les comparaisons avec Kate Bush (ne nions pas l'évidence) sont légion et sans doute FKA Twigs, si elle décide de continuer à labourer ce sillon, devra-t-elle s'en démarquer, mais c'est plus qu'un album sous influence, un sous-produit millénariste, c'est, souhaitons !, une déclaration d'intention et l'inaugural chapitre d'une carrière qu'on suivra désormais avec attention, parce que des comme ça, on n'en trouve pas si souvent...

1. Thousand Eyes 5:00
2. Home with You 3:44
3. Sad Day 4:15
4. Holy Terrain (featuring Future) 4:03
5. Mary Magdalene 5:21
6. Fallen Alien 3:58
7. Mirrored Heart 4:32
8. Daybed 4:31
9. Cellophane 3:24

8 février 2020

Soul to Soul



Algiers
There Is No Year
2020


Algiers est de ce groupes qu'on ne glisse pas aisément dans une petite case, de ces groupes sur lesquels les pros du marketing musical se cassent les dents tant leur cocktail musical et leur approche lyrique déboussole, déstabilise. C'est leur grande qualité, leur plus grand défaut aussi, sans doute.

Mais, pour leur troisième album, le second avec l'ex-Bloc Party Matt Long derrière les futs (entre autre), Algiers produit son album le plus dépouillé, le plus "focus" aussi, laissant de côté pas mal des expérimentations et explorations de leurs deux précédentes galettes. Ainsi les retrouve-t-on repliés sur des fondamentaux mariant soul music et post-punk et, donc, dans une fusion plus abordable et moins éparpillée. Ceux qui s'étaient éclatés à les entendre partir un peu dans tous les sens sur leur éponyme et The Underside of Power en seront pour leurs frais, et repartiront sans doute déçus d'ailleurs, les autres y découvriront l'album d'un groupe ayant gagné en  concision, en maturité aussi.

Bien évidemment, There Is No Year est toujours habité par les vocalises frénétiques et passionnées de Franklin James Fisher et par ses diatribes socio-politiques aussi, et c'est très bien comme ça parce que Fisher est indubitablement la pierre angulaire d'Algiers, son âme.Et quelle âme, et quelle voix extraordinaire ! Parce qu'avec une approche, donc, plus directe, c'est au Fisher show qu'on assiste où la voix délicieusement soul du frontman, où ses inflexions gospel, où ses emportements punkoïdes (ceci dit plus rares cette fois) font merveille.

Pour son troisième long-jeu, Algiers a semble-t-il trouvé la pérennisation sonique que la formation pourra continuer d'explorer dans un avenir au moins proche. Après, tout dépendra de la qualité des chansons, fondation essentielle de tout album s'il en fut, et, de ce côté là, on est largement servi avec un There Is No Year où rien ne fait tâche, tout fait mouche même si, indéniablement, la deuxième moitié de l'album, plus éthérée et introspective, demandera un investissement et une patience accrue de l'auditeur pour pleinement se dévoiler.

Mais donc, voici, There Is No Year, premier album majeur de 2020 et un petit tour de force dont on regrettera seulement qu'il ne soit pas un peu plus long d'autant que Can the Sub_Bass Speak?  est étrangement laissé de côté de la tracklist de l'opus... Mais, sinon, bravo ! 

1. There Is No Year 3:15
2. Dispossession 4:15
3. Hour of the Furnaces 4:26
4. Losing Is Ours 3:44
5. Unoccupied 3:06
6. Chaka 3:53
7. Wait for the Sound 4:11
8. Repeating Night 3:02
9. We Can't Be Found 3:25
10. Nothing Bloomed 3:41
11. Void  2:55

5 février 2020

Thrashin'



King Gizzard & the Lizard Wizard
2019

Pour leur deuxième galette de 2019, et leur 15ème au total, depuis 2012 !, les maboules australiens de King Gizzard & the Lizard Wizard font dans le Thrash Metal... 
Etonnant, non ?

On savait le septet touche à tout, particulièrement après une année 2017 hyper-productive (pas moins de 5 albums !), on savait même que la chose Metal ne leur était pas tout à fait étrangère après un Nonagon Infinity (2016) ou un Murder of the Universe (de 2017 justement) qui flirtait tout deux avec cette vilaine musique mais il semblait toujours devoir avoir une composante plus proche des préoccupations psychédéliques du groupe présente dans le mix. Et, pan !, voici que débarquait Infest the Rats' Nest et que la formation, resserrée en un quasi-trio  (Mackenzie, Walker, Cavanagh) où la formation abandonne toute prétention esthétique habituelle pour embrasser de sales guitares, de vrombissantes basses, de barbares vocalises et de primitives rythmiques.

Comme le groupe ne fait pas les choses à moitié, et qu'il est habitué à de pareilles exactions, c'est en plus d'un concept album dont il s'agit, carrément !, avec des atours science-fictionnesques masquant à peine les préoccupations environnementalistes* de Mackenzie puisque le leader du projet, principal compositeur et également producteur de la chose, y évoque une planète terre mourante dont les classes supérieures, l'élite !, s'échappent pour coloniser d'autres planètes laissant le reste de l'humanité à son triste sort.

Musicalement, leur Thrash Metal rappelle les origines du genre plutôt que la version raffinée qui lui succèdera. Ainsi y croise-t-on le Metallica originel, le Slayer des tous débuts, le Voivod quasi-punk des premières années mais aussi Motörhead ou Black Sabbath, ce dernier quand le tempo se ralentit et que le Stoner Metal vient épicer les excès de vitesse généralement constatés. Et, boudiou !, c'est aussi bon que c'est primitif et sale avec moult guitares supersoniques, une voix entre Snake (Voivod) et Arraya (Slayer), extrêmement référencé aussi mais, comme c'est un peu la loi du genre, ça n'en rend l'ensemble que plus crédible.

Et donc, d'un Planet B qui se prend pour Metallica en 1983, d'un Mars to the Rich où le fantôme de Lemmy est brillamment convoqué, d'un Superbug flirtant avec les thèmes musicaux chers à Iommi & Co dans les septantes (les vocalises aigües à la Ozzy en moins), à un Hell où on aperçoit même un petit quelque chose d'Iron Maiden à la faveur de quelques guitares bien senties, King Gizzard & the Lizard Wizard n'hésite pas et balance sa sauce avec une audible délectation qui ravira l'amateur du genre et laissera probablement les autres de marbre mais, encore une fois, c'est un peu la loi du genre.

Au bout de ces trop courtes 35 minutes, exsangue d'un tel tabassage (thrashing en anglais !) mais heureux, on n'attend qu'une chose, la suite, vite !, parce que Mackenzie a le truc et qu'on est persuadé qu'il y reviendra, tôt ou tard. Et, ça, c'est une excellente nouvelle et une belle récréation pour un groupe à la créativité sans cesse renouvelée.

1. Planet B 3:56
2. Mars for the Rich 4:11
3. Organ Farmer 2:39
4. Superbug 6:43
5. Venusian 1 3:20
6. Perihelion 3:11
7. Venusian 2 2:44
8. Self-Immolate 4:28
9. Hell 3:38

Stu Mackenzie – vocals (tracks 1–9), guitar (tracks 1–9), bass (tracks 6, 8, 9)
Joey Walker – bass (tracks 1–5, 7, 8), backing vocals (tracks 3, 5–9), guitar (tracks 6, 9)
Michael Cavanagh – drums (tracks 1–9), backing vocals (tracks 7–9)
Cook Craig – guitar (tracks 2, 4, 5, 6, 9), backing vocals (tracks 5–9)
Ambrose Kenny-Smith – backing vocals (tracks 4–9), harmonica (tracks 1, 2, 6, 9)
Eric Moore – backing vocals (tracks 8 and 9)

* N'hésitez pas à vous procurer un des trois albums live sortis en ce début 2020 par King Gizzard & the Wizard Lizard, chacune des galettes est au profit de Animals Australia

https://www.animalsaustralia.org/

1 février 2020

hail to BILLIE!


Billie Eilish
When We All Fall Asleep, Where Do We Go?
2019


Parfois un album vous arrive de nulle part alors que vous n'êtes pas, comme on dit, cœur de cible, et vous en restez baba.

Autant le dire, je n'attendais rien, et même je ne connaissais pas l'existence, de cette post-adolescente californienne. Largué le gars ou, plutôt, pas le public concerné par ce genre de production, du moins le croyais-je. Et puis un titre croisé par hasard sur la toile, Xanny, et le début d'un vrai beau coup de cœur pour une vraie belle artiste ô combien prometteuse d'un avenir radieux.

Pour ceux qui suivent les réseaux sociaux, ceux qui hantent les méandres de la face "jeune" de YouTube et autres Instagram, Billie Eilish n'est évidemment pas une étrangère, c'est même, depuis presque son plus tendre âge, une petite sensation. Chanteuse, musicienne et vidéaste aussi, Billie n'est pas une de ces produits formatés par Disney (ha! Britney, hé! Justin, j'en passe et probablement des pires) ou quelque producteur des dollars pleins les yeux que ce soit mais elle voisine certainement cette scène. Elle était même, quand elle était encore plus jeune, fan de Justin Bieber, c'est dire !

Ici, en équipe extrêmement restreinte, elle-même et son frère, Finneas O'Connell, et c'est tout, elle produit une pop électronique, mais organique, où sa voix souvent murmurée est le centre d'intérêt principal. Sur le papier, rien de bien extraordinaire donc mais quand on creuse, et j'ai creusé, c'est un trésor bien plus substantiel qui se dévoile.

De la face upbeat et dansante, Bad Guy (single imparable s'il en fut) et You Should See Me in a Crown par exemple, on pourrait démettre une certaine légèreté pop un poil décérébrée et nourrie de hooks entêtants mais, même là, parce qu'il y a la production maline et inventive de Finneas et les textes pas franchement communs et emprunts d'une vraie noirceur de Billie, il y a plus, vraiment plus.

De la face ballades soupirantes, de Xanny à Wish You Were Gay en passant par Goodbye (où les Beatles ne sont pas très loin), il y a une profondeur et une inventivité (la production encore mais pas seulement, la verve d'Eilish aussi) qui s'apparente plus à des artistes adoubés par les Inrocks que par une feuille de chou pour adolescentes prépubères.

Et les textes, puisqu'on en parle, d'un Nabokov cul par dessus tête (Bad Guy, intelligent et pervers en diable), d'un Xanny (hymne straight edge pour la génération de l'apocalypse climatique), d'un Wish You Were Gay ou You Should See Me in a Crown (où les traumas amoureux adolescents sont brillamment exprimés en évitant de tomber dans les clichés de l'exercice), etc., c'est déjà quelque chose ! Certes, on n'est pas encore au niveau des grands songwriters de l'histoire de la musique mais la plume est déjà acérée et ne pourra que s'affiner avec le temps. Bon signe.

Musicalement, l'électronique avec des inflexions vers quelques tendances actuelles (notamment hip-hop) est le panorama général mais d'un piano par ci à une guitare par là, d'une basse ô combien présente et efficace et, surtout, d'une voix, parfois manipulée mais jamais pour cacher la misère, parce que Billie chante juste comme le prouvent ses nombreuses performances live, tissent un tout autre paysage sonore où s'épanouissent des compostions qui, dans leur très grande majorité font mouche.

Petit bémol concernant les titres bonus qui, il faut bien se l'avouer, ne sont pas tout à fait au niveau du reste et inquièterait presque sur l'avenir d'Eilish si on n'était pas au fait qu'elles sont surtout là pour relancer l'attrait d'un album quelques mois après sa sortie, un outil désormais habituel dans l'industrie du disque, et ne furent donc probablement pas confectionnées avec le même soin maniaque, la même volonté créatrice.

Reprenons... Billie Eilish, c'est un peu une Britney Spears qui aurait digéré Björk, Marilyn Manson et Lorde (entres autres) pour les rejouer avec une forte et belle personnalité artistique. Billie Eilish c'est la promesse de lendemains qui chantent pour longtemps (souhaitons !) et, avec ce long-jeu inaugural, c'est déjà la vraie belle révélation d'une artiste au talent déjà bien affirmé... à 18 ans seulement ! A surveiller de près dans les décennies qui vont suivrent mais déjà fort recommandé ! 

1. !!!!!!! 0:14
2. Bad Guy 3:14
3. Xanny 4:04
4. You Should See Me in a Crown 3:01
5. All the Good Girls Go to Hell 2:49
6. Wish You Were Gay 3:42
7. When the Party's Over 3:16
8. 8 2:53
9. My Strange Addiction 3:00
10. Bury a Friend 3:13
11. Ilomilo 2:36
12. Listen Before I Go 4:03
13. I Love You 4:52
14. Goodbye 1:59
Titres bonus
15. When I Was Older (Music Inspired by the Film Roma)    4:30
16. Bitches Broken Hearts 2:56
17. Everything I Wanted 4:05

Le TRIOMPHE (mérité) aux 62èmes Grammy Awards


Billie Eilish
Don't Smile at Me
2017


Avant l'album, avant l'explosion médiatique et commerciale mondiale, avant la reconnaissance de ses pairs aussi... Billie Eilish en avait déjà sous la semelle. Mais une semelle moins assurée et une production un peu moins intéressante alors que menée par la même équipe, elle et son frère, Finneas.

Pas qu'il n'y ait pas un vrai potentiel dans cette collection de chansons datant d'entre 2015 et 2017. Pour commencer, il y a la voix de Billie, déjà bien là, déjà bien assurée malgré son très jeune âge. Ensuite il y a des textes qui pour adolescents qu'ils soient encore sont tout de même plus profonds que ceux de la moyenne de ses condisciples naturelles. A croire qu'Eilish n'est pas de la même planète, c'est sans doute un peu vrai d'ailleurs.

Mais bon, force est de constater que Don't Smile at Me n'est pas le triomphe de son premier long-jeu et représente une collection plus une anecdotique et moins cohérente que le tour de force qu'est When We Fall Asleep, Where do We Go?. Mais pas mauvais, hein, juste un peu moins essentiel mais avec, tout de même, de très jolis moments dont un Idontwanttobeyouanymore, ballade modern soul classique particulièrement réussie.

En gros, si vous avec aimé l'album, c'est un petit bonus qui va bien du moment que vous n'en attendez pas la même extase...

1. Copycat 3:13
2. Idontwannabeyouanymore 3:23
3. My Boy 2:50
4. Watch 2:57
5. Party Favor 3:24
6. Bellyache 2:59
7. Ocean Eyes 3:20
8. Hostage 3:49
9. &Burn (w/Vince Staples) 3:00

Finneas et Billie, le duo créatif.

Goin' Dark

Poppy I Disagree 2020 Commencer par une electro-pop sucrée pour arriver au metal, voilà un parcours peu commun. C'est celui de  ...