2 juillet 2020

(Un jour, un genre... en bref ! 11/14) Viva Indie!

L'indie c'est un peu une catégorie fourre-tout, ce que vous allez d'ailleurs constater avec la sélection du jour où, franchement, pas deux artistes ne se ressemblent. Et puis tant mieux d'ailleurs ! Enjoie.


Butterfingers
Bad News
2020


Il aura fallu 14 ans (!) pour que les australiens de Butterfingers reviennent avec un troisième album. Entre temps, le monde de la musique, et la façon dont on la "consomme" a radicalement changé mais comme le groupe n'était déjà pas d'une brûlante actualité lors de son premier run, ce n'est pas spécialement un problème.
Musicalement, rien n'a vraiment changé, on retrouve encore ce cocktail de rock, rap, funk et reggae qui avait fait leur réputation. On retrouve également une énergie positive et un sens de l'humour sans lequel le groupe ne serait plus vraiment lui-même. Effectivement, les influences qui avait marqué le groupe lors de ses débuts, Beastie Boys et Red Hot Chili Peppers surtout, sont toujours présentes mais mieux assimilées et moins encombrantes que par le passé.
Côté chansons, il y a du très bon (Dancing avec son emballage à la Beastie Boys et son refrain entêtant, Dem Billz et son dynamisme et joli hook de guitare, Catch 22 en un reggae bien mené et le bon funk/rap à la RHCP qu'est Can't Be Trusted), du bon (Suburbia, qui rappelle les RHCP, est accrocheur mais juste un peu trop mou, idem pour Long Way to the Top et ses flaveurs ragga quand Light It Up pour énergiquement punk qu'il soit est un peu téléphoné, ou I Could Tell You en rap rock correct mais guère plus et finalement I Just Wanna Play Music aux influencs RnB bien digérées mais hélas moyennement mémorable),  et du plus passable (Black Cocaine et son ska/punk et vocaux autotunés désagréables, Eat a Bag of Six et Bad News qui voudraient trop être Eminem à la place d'Eminem et l'opportunisme RnB de Thinking About Sellin' Out)  mais l'ensemble se tient bien et porte l'auditeur d'un bout à l'autre de ce Bad News sans qu'il ne s'ennuie trop, ni ne grince trop des dents devant quelques tentatives de se raccrocher au branches de l'actualité.
Soyons très clairs, Butterfingers reste un bon petit groupe qui n'invente strictement rien mais connait suffisamment son affaire pour la mener à bien. Reste à savoir si, en 2020, dans un panorama musical bien différent de celui qu'ils habitaient naguère, ce sera assez pour qu'il se fasse leur petite place au soleil. Sur la qualité seule d'un Bad News qui ne décevra pas leurs fans ni les amateurs du genre de fusion qu'ils pratiquent, c'est possible mais pas assuré.

Mes favoris : Dancing (to the Beat of My Own Drum),
Dem Billz, Catch 22, Can't Be Trusted

6,5/10

1. Dancing (To The Beat Of My Own Drum) 2:58
2. Suburbia 3:41
3. Dem Billz (feat. Fresh Violet) 2:36
4. Long Way To The Top 3:35
5. Black Cocaine 2:53
6. Eat A Bag O' Dix 4:36
7. Catch 22 4:07
8. Thinking Bout Sellin' Out 4:18
9. Light It Up 1:51
10. Can't Be Trusted 2:30
11. Bad News 3:47
12. I Could Tell You 2:30
13. (I Just Wanna Play) Music 3:19


Car Seat Headrest
Making a Door Less Open
2020


Au départ le projet solitaire du seul Will Toledo, Car Seat Headrest est, depuis, devenu une aventure collective mais, indéniablement, Toledo en reste le patron absolu lui qui continue d'en être le quasi exclusif compositeur et producteur. En 2020, quatre ans après l'acclamé Teens of Denial (Twin Fantasy (Face to Face), paru en 2018, n'étant que la relecture d'un album de 2011) l'indie rocker, désormais masqué, tente de pérenniser son nouveau statut de star underground avec un 12ème album (en incluant les premières mixtapes) plus électronique et expérimental.
Il faut louer l'effort créatif et le risque pris, tant se seraient contenté de reprendre la formule qui les avait révélé, mais pas Mister Toledo qui déteste le surplace et décide donc d'avancer quitte à perdre une fanbase à peine accrochée. Mais si le son a changé, on retrouve l'écriture délicate et un poil neurasthénique qui caractérise son auteur dans des chansons flirtant avec la synthpop tout en restant identifiables comme du Car Seat Headrest, preuve qu'il y a une identité forte qui n'est pas soluble dans un bête changement de fond sonore. C'est aussi une liaison avec 1 Trait Danger, le side project électroniuqe de Toledo et donc un changement en cohérence avec des aspirations artistiques en constante évolution. Mais le plus important c'est que cette nouvelle approche porte bien la voix de Will et que les chansons, le nerf de la guerre, sont globalement d'une belle qualité.
De fait, c'est plus à une progression logique, du Car Seat Headrest encore mais avec de nouveaux joujoux, à laquelle on assiste et où même les inserts hip-hop ne paraissent pas tant artificiels qu'une relation entre le précité side-project et le groupe "sérieux".
Si on peut tout de même regretter que Toledo et ses associés n'aient pas, au moins un peu, continué sur la voie tracée par Teens of Denial, parce que l'album était très bon, on accueille volontiers la présente évolution parce qu'elle est délivrée avec talent et permet non seulement d'étendre les perspectives harmoniques du groupe mais continue de proposer une musique dépressive et belle.

Mes favoris :  Can't Cool Me Down, Deadlines (Hostile),
Martin, Life Worth Messing, There Must Be More Than Blood

8/10

1. Weightlifters 5:40
2. Can't Cool Me Down 5:09
3. Deadlines (Hostile) 4:21
4. Hollywood 3:22
5. Hymn (Remix) 2:48
6. Martin 3:27
7. Deadlines (Thoughtful) 5:51
8. What's With You Lately 1:34
9. Life Worth Missing 4:53
10. There Must Be More Than Blood 7:33
11. Famous 2:44


CocoRosie
Put the Shine On
2020


5 ans après un Heartache City fraichement reçu mais qui méritait mieux, les sœurs Casady reviennent avec la suite de leurs aventures freak folk et le challenge de redorer leur blason.
Enfin, freak folk... Avouons le tout de go, si ce Put the Shine On n'est pas désagréable et plutôt bien troussé, la personnalité de CocoRosie s'y est largement estompée au profit (?) d'une écriture plus conventionnelle, plus pop, plus hip-hop aussi... Pourquoi pas, me direz-vous et vous n'auriez pas tort si le sel du duo n'avait pas toujours résidé dans un côté bricolo/mal foutu terriblement charmant qui faisait sa spécificité, qui était sa substantifique moelle oserais-je même. Et, pouf !, envolé, enfin en grande partie, au profit d'une musique empesée d'effets et d'artifices de studio lisses, inodores, indolores...
On pourrait y voir une évolution logique si ces beats, synthés et autres ne venaient, au moins partiellement, annihiler les particularismes de Bianca et Sierra. Alors, certes, il reste quelques morceaux où ça fonctionne (Restless qui marie RnB, pop et bricolage d'une jolie manière, Smash My Head où grosses guitares, drum'n'bass et vocaux éthérés clashent pour le meilleur ou un Aloha Friday où la folk rencontre boîtes à musique et machines à écrire pour un résultat à l'évocatrice et tragique beauté) mais, trop souvent, ça ne passe pas et laisse l'auditeur avec l'impression que les sœurs n'ont plus grand-chose à dire et ne font, en l'occurrence, que le cacher derrière un modernisme opportuniste qui, en vérité, ne leur sied pas.
Put the Shine On n'est pas un total échec mais il est loin d'un haut-fait tel que La Maison de Mon Rêve ou Noah's Ark. Pour CocoRosie la parenthèse enchantée s'est refermée, la normalité lui a fait place, la déception de ceux qui les aimaient tant aussi.

Mes favoris :Restless, Smash My Head, Slow Down Sun Down, Aloha Friday

5/10

1. High road 4:06
2. Mercy 4:00
3. Restless 5:48
4. Smash my head 4:27
5. Where did all the soldiers go 4:44
6. Hell's gate 5:18
7. Did me wrong 3:40
8. Lamb and the wolf 4:32
9. Slow down sun down 4:30
10. Burning down the house 4:37
11. Ruby red 4:28
12. Aloha Friday 4:20


Dan Deacon
Mystic Familiar
2020


Artiste éternellement en devenir, ses débuts remontent tout de même à 2007, Dan Deacon revient avec 5ème album 5 ans après son prédécesseur. Entre temps, le new-yorkais a tâté de la bande originale de film, extension logique des ses allures électroniques.
Si l'électro de Deacon a toujours été joyeuse et accrocheuse, elle vire carrément vers la pop sur Mystic Familiar, un tournant un peu attendu puisqu'il était préfiguré sur ses précédentes livraisons à la différence qu'ici tout semble plus naturel, plus organique, peut-être une conséquence de ses deux musiques de film qui lui auront permis de bander son muscle créatif dans un format instrumental pour revenir avec des chansons plus convaincantes.
Et les chansons justement... Si l'on retrouve l'électro joyeuse et solaire de Deacon, les thèmes n'en sont pas moins introspectif. Pas étonnant pour cet adepte de la méditation transcendantale. Pas étonnant non plus qu'on soit honoré d'une collection où le positivisme est la règle. Tout ceci donne une collection pleine d’allégresse et de légèreté sur des instrumentaux inventifs et variés.
Les amateurs de synthpop épanouie ne voudront pas rater l'occasion qu'offre ce Mystic Familiar où, c'est à noté, Deacon, dont c'était souvent la faiblesse, chante mieux que jamais.

Mes favoris : Become a Mountain, Sat by a Tree, Arp III: Far from Shore, My Friend

7,5/10

1. Become a Mountain 4:05
2. Hypnagogic 1:33
3. Sat By A Tree 4:26
4. Arp I: Wide Eyed 2:07
5. Arp II: Float Away 3:42
6. Arp III: Far From Shore 4:35
7. Arp IV: Any Moment 1:41
8. Weeping Birch 4:22
9. Fell Into the Ocean 4:31
10. My Friend 5:14
11. Bumble Bee Crown King 7:23


Haggard Cat
Common Sense Holiday
2020

Duo anglais formé par Matt Reynolds (chant, guitare) et Tom Marsh (batterie), Haggard Cat est connu pour ne pas faire dans la dentelle avec leur indie/stoner rock gorgé de blues et de metal, revient pour un troisième album deux ans après un Challenger qui avait sérieusement fait parler d'eux.
Ici, le groupe revient avec un album aussi accrocheur qu'efficace où une mélodie pop peut être servie par un gros riff bien épais (First Words, Cheat), où le stoner est parfois dynamisé par une belle énergie punk (European Hardware, Human Animal, Threads), où on déborde parfois sur le hardcore sans jamais perdre un côté bien fun (Show Reel, The Natives, Pearl), où on peut glisser vers la power-ballad ou le hip-hop sans faire dans la facilité ni perdre son intégrité (Rational pour le premier, Time pour le second), et conclure par une version quasiment progressive de ce qui a été proposé avant sans se prendre trop au sérieux pour autant (Ghosts Already). Et tout ça à deux (sauf sur le morceau d'ouverture qui comprend un vocaliste invité, Jamie Lenman de Reuben).
Haggard Cat n'est pas un groupe comme les autres. Du fait des influences variées du duo mais aussi d'un côté détendu dans leur façon d'appréhender leur furieuse fusion, ils font de Common Sense Holiday un album à la fois frais et extrêmement crédible.

Mes favoris : First Words, Show Reel, Ratrional, Time, Ghosts Already

8/10

1. First Words 4:26
2. European Hardware 3:13
3. Human Animal 2:55
4. Show Reel 3:16
5. Rational 4:11
6. Time 3:39
7. Threads 3:16
8. The Natives 4:59
9. Cheat 4:01
10. Pearl 2:56
11. Ghosts Already 6:41



John Vanderslice
Dollar Hits
2020

Généralement connu pour la finesse de son indie rock et ses qualités de producteur (Mountain Goats, Sophie Hunger pour ne citer qu'eux) se lance dans un album de musique expérimentale à dominante électronique. Étonnant.
En vérité, on est loin, très loin des trésors compositionnels que Vandeslice a pu produire par le passé et j'imagine très bien la tête de ceux qui se sont procurés l'album pensant y entendre quelques délicates piste d'indie rock par un des maîtres du genre... Bonjour la déception !
Cependant, ce que fait Vanderslice est loin d'être inintéressant, c'est même souvent assez captivant si aussi franchement abstrait. Pas de structure particulière, souvent pas même de mélodie juste une sorte d'ambient plus rythmique où les collages sonores n'ont d'autre but que de créer... une ambiance évidemment !
C'est l'évidence, pour pleinement apprécier ces créations, il ne faut pas les sur-analyser mais se laisser porter par des assemblages sonores qui, sauf exception (Ice Castles/Tender Mercy,  We Tha Fuck Eyed Trollz et Weirdo: the Beginning où la présence de la voix est encore plus alien que la musique qui l'entoure et Show Me Love qui est une chanson et débarque de nulle part), excluent toute référence à une quelconque approche pop ou indie ou rock et on, de fait, plus à voir avec la musique concrète et l'avant-garde électronique des 70s qu'avec ce qui se fait couramment aujourd'hui.
En bref, Dollar Hits est surtout à conseiller aux curieux qui aiment voyager en musique et se laisser emmener dans d'irréels panoramas. Pas désagréable juste... différent.

Mes favoris : l'album dans son intégralité est un trip

7,5/10

1. orca official 0:20
2. cracked pass words 6:14
3. say yes to pressure 1:39
5. fireworks 2:33
6. eHarmony icons 0:44
7. evened rite up 4:10
8. show me love 1:45
9. tenderloner1979 2:36
11. weirdo: the beginning 2:12

1 juillet 2020

(Un jour, un genre... en bref ! 10/14) Core à Core (et Top Ten 01-06/2020)

La juste colère, l'envie de se défouler ou simplement un goût particulier pour une musique extrême, il y a autant de raisons pour lesquelles les petits gars ci-dessous ont choisi le hardcore comme mode d'expression artistique. Mais, comme vous pourrez l'entendre, il y a aussi de la nuance et de la mélodie dans cet héritier du punk rock et même, parfois, de la virtuosité. Alors rien n'est clair d'autant que ce que je vous propose montre que le genre a énormément évolué et s'est grandement diversifié au point où deux groupes partageant le même suffixe, "core", peuvent être diamétralement différents... Enjoie.


August Burns Red
Guardians
2020


Un des leaders du metalcore revient avec son déjà 9ème album et continue le travail de sape entrepris depuis 2005. Hé oui, 15 ans déjà que les coreux chrétiens (mais pas prosélytes) nous récurrent les conduits auditifs !
Plus ça change, plus c'est la même chose chantait Rush sur Circumstances en 1978, ça semble être le crédo adopté par le quintet de Pennsylvanie qui, contrairement à pas mal de ses collègues de la même génération, est resté fidèle au genre qui les a fait connaître et dans lequel il continue d'exceller.
Sur Guardians, ne fait que raffiner son approche technique et émotionnelle du metalcore. Le résultat est un album qui ne surprend pas dans sa globalité mais qui, consciencieusement décortiqué, révèlera quelques nouveautés et quelques surprises mais pas assez pour déstabiliser ceux qui apprécient leur combinaison de gros riffs metal, de furieux breakdowns, de soli inspirés, de vocaux entre death et core, d'accroches mélodiques discrètes mais efficaces et d'emballage rythmique puissant et précis.
Bien produit, forcément bien joué, Guardians ne révolutionne rien mais, indéniablement, a tout pour satisfaire les amateurs du genre. Voici dont un groupe à la réputation mérité qui a encore de beaux jours devant lui.

Mes favoris : Bones, Paramount, Lighthouse, Ties That Bind, Three Fountains

8/10


1. The Narrative 4:09
2. Bones 4:15
3. Paramount 4:48
4. Defender 4:21
5. Lighthouse 4:13
6. Dismembered Memory 4:09
7. Ties That Bind 4:18
8. Bloodletter 3:40
9. Extinct by Instinct 4:43
10. Empty Heaven 4:25
11. Three Fountains 6:21


Dance Gavin Dance
Afterburner
2020


Quelque part entre emo-rock et math-metal, Dance Gavin Dance, le groupe de Will Swan, leader incontesté et guitariste, s'est fait son petit trou et a accumulé un following fidèle et zélé qui n'attend rien d'autre que la nouvelle dose d'une musique si typique délivrée par le groupe de Sacramento.
OK, Dance Gavin Dance n'est pas la plus furieuse des formations labellisée "core" mais, avec une identité sonore forte où la guitare fusionnesque de sieur Swan est l'élément central et déterminant, le groupe est immédiatement reconnaissable. Rajoutez à ça un chant post-adolescent où cris et mélodie sont présents en égale quantité, une variété rythmique assez rare dans le genre (DGD est parfois carrément dansant et n'hésite pas à emprunter quelques idées au hip-hop et au RnB) et vous obtiendrez une formation qui a parfaitement réussi à actualiser l'emocore à sa sauce à lui.
Afterburner étant leur 9ème opus, le style est désormais bien établi et tellement révéré par ses fans qu'on imagine mal le groupe le modifier autrement que marginalement c'est donc de DGD très classique dont il s'agit, ce qui ravira les fans et fera fuir les détracteurs des californiens.
En l'occurrence, Afterburner est dans la bonne moyenne de leur discographie avec pas mal de chansons qui accrochent bien l'oreille. A partir de là, à vous de voir mais si le core en version mélodique, technique et variée est votre kiff, il n'y aura pas beaucoup à hésiter avant de plonger.

Mes favoris : Lyrics Lie, Three Wishes, Parody Catharsis, Parallels, Into the Sunset

7,5/10


1. Prisoner 3:46
2. Lyrics Lie 3:56
3. Calentamiento Global 3:58
4. Three Wishes 3:28
5. One in a Million 3:41
6. Parody Catharsis 3:41
7. Strawberry's Wake 3:37
8. Born to Fail 3:28
9. Parallels 3:36
10. Night Sway 2:52
11. Say Hi 3:51
12. Nothing Shameful (feat. Andrew Wells) 4:01
13. Into the Sunset (feat. Bilmuri) 4:30


December Youth
How Are You
2020


Indéniablement, December Youth, groupe de Düsseldorf, aurait adoré vivre 20/25 ans en arrière quand la seconde vague de l'emocore, celle qui commençait à loucher vers la pop tout en conservant l'esprit d'origine du genre (les suédois de Serene, que December Youth me rappelle beaucoup, mais aussi, les plus connus Further Seems Forever, Far, Texas Is the Reason, Sense Field & Cie) débarqua.
C'est, peu ou prou, ce que propose How Are You, deuxième album de la formation. En l'occurrence, jusque dans une production pas particulièrement hi-tech, c'est étonamment bien fait avec tout ce qu'on attend du genre : mélandge de vocaux mélodiques et hurlés toujours passionnés et émotifs, musique toujours hardcore mais tendant vers quelque chose de plus nuancé et harmonieux pour des compositions de structure classique parce qu'on ne réinvente pas ce qui a déjà été si bien défini.
Niveau originalité, c'est le niveau zéro mais comme on flirte avec le 10 pour ce qui est de la qualité des chansons et de l'aspect nostalgique (oui, j'aimais beaucoup cette scène !), on ne se plaindra pas de la proposition d'un groupe ô combien crédible si totalement dérivatif.
Pour les vieux qui sont tombés dedans comme moi, c'est un plaisir de tous les instants. Pour les jeunes, ça peut être l'occasion de se souvenir qu'avant de devenir la nouvelle pop, l'emo était un genre "à la marge". Recommandé.

Mes favoris : Sway, City Gloom, Rain, Vergissmeinnicht, Yarrow

7,5/10


1. Sway 3:22
2. City Gloom 4:34
3. Pixie Dust 4:43
4. Rain 3:52
5. Cliché 4:31
6. Shelter (How Are You) 2:46
7. Vergissmeinnicht 3:49
8. Yarrow 4:52
9. Orchid 4:29
10. Sinner (How I Am) 3:16


Motives
Death Throes
2020

Pour leur 3ème album, les américains de Motives continuent d'exécuter leur mix de post-hardcore teinté de hardcore oldschool, metalcore et emocore avec un vrai talent pour ménager quelques bienvenues surprises.
A l'exemple du morceau d'ouverture, If the Accident Will, qui vous baffe sans retenue avant de vous cajoler tendrement, Motives n'est pas un groupe qui fait dans le compromis mais pas non plus un groupe qui donne dans la linéarité.
Oui, il y a de gros breakdowns bien gras aux riffs heavy, un côté chaotique et barbare alimenté par des vocaux usant autant du guttural que du classique chant hurlé hardcore et des guitares dissonantes mais il y a aussi des guitares plus mélodiques, des passages en chant clair aussi surprenants que bien amenés et un emballage rythmique sachant aller du groove au punk en passant par des mid-tempo plus travaillés.
Si on pense parfois aux débuts de The Blood Brothers, à la variété que pouvait afficher un Glassjaw, à la brutalité d'un Poison the Well (en moins metal cependant) voire au talent mélodique des débuts de Thrice, la variété de ton et le don de la nuance produit par les midwesterners leur offre une identité et un son propre ce qui, dans le hardcore moderne, n'est pas si commun.
Au bout du compte, en 33 minutes bien denses et resserrées, sans quasiment la moindre faute de goût (bon, le refrain de Dead Weight fait un peu dans la facilité, OK), Motives a réussi son pari et s'affirme, un peu plus avec chaque album, comme une des forces vives les plus intéressantes du hardcore américain d'aujourd'hui.

Mes favoris : If the Accident Will, Death Throes,
Burn Through Me, Not for Nothing, Forfeit Promise

8/10

1. If the Accident Will 3:50
2. Death Throes 2:53
3. Loathe 2:10
4. Reap and Sow 2:40
6. Dead Wight 2:44
7. Not for Nothing 3:38
8. Bloodlines 2:44
9. Quiet Heart 2:01
10. Forfeit Promise 3:31
11. Hell Outside Your Door 4:23


Orthodox
Let It Take Its Course
2020


Pour leur troisième long-jeu, Orthodox, groupe de Nashville aussi éloigné de la country music que locataire de la Maison Blanche d'une encyclopédie, n'a pas choisi de reproduire le metalcore tapageur de son précédent exercice, Sound of Loss (2017), mais bien de pousser son propre son dans d'ultimes retranchements.
Si l'on retrouve la saine agressivité des straight edge du groupe du Tennessee, c'est avec une optique encore plus chaotique et menaçante qu'elle est présentée sur Let It Take Its Course avec guitares hurlantes, vocalises jusqu'au-boutistes et un parti-pris rythmique aussi véloce que brutal.
Clairement, ça ne plaisante pas et les quelques éléments empruntés au nu-metal le plus radical, notamment dans des guitares lourdes et malsaines, viennent "joliment" complémenter une musique qui pour résolument moderne n'en rappelle pas moins les exactions bruitistes d'un Vision of Disorder ou du Converge débutant.
Ici, en tout juste 30 minutes, Orthodox chahute, violente, bastonne mais prouve aussi qu'on peut mettre de la finesse dans la brutalité avec d'autant plus de facilité que la mise en son est assez phénoménale de puissance et de clarté. Et comme on n'est pas à une bonne surprise près, le groupe conclut le présent exercice par une... ballade au piano !, mais du genre sombre et habitée, évidemment !
Clairement, Let It Take Its Course n'est pas un album à mettre entre toutes les oreilles mais, pour ceux qui apprécient leur hardcore chargé de violence, de chaos mais pas stylistiquement statique pour autant, dans le genre de ce que peut produire Vein par exemple, c'est un must.
Mes favoris : Obsinity, Leave, Cut, Look At Me, Then It Ends, The Presence, Wrongs

8,5/10


1. Remorse 1:02
2. Obsinity 2:35
3. Why Are You Here? 3:30
4. Leave 2:22
5. I Can Show You God 2:54
6. Cut 3:44
7. Look At Me 2:49
8. Then It Ends 3:05
9. Let It Take Its Course 2:24
10. The Presence 3:13
11. Wrongs 2:21



Les virginiens de Pulses font dans le post-hardcore, jusqu'ici rien que de très normal, après tout, Washington DC n'est pas loin. Mais Pulses est aussi un groupe mixte (deux black et deux blancs-becs), c'est moins courant dans le genre déjà. Et puis Pulses infuse son post-hardcore de petits hooks pop comme au temps du meilleur de l'emo (autour de l'an 2000, quoi) mais sans être emopop pour autant, hein, on reste sérieux tout de même.
Sur le papier, c'est tout de même une démarche plutôt classique sauf qu'ici les riffs sont techniques et angulaires, que le groupe ose épisodiquement la fusion vers le funk et le hip-hop (sur Louisiana Purchase ou Exist Warp Brakes par exemple) sans jamais perdre une once de sa crédibilité et que, globalement, tout ceci est techniquement plutôt impressionnant avec, notamment, une section rythmique d'une implacable efficacité.
Rajoutez à ça que les chansons sont quasiment toutes de belles constructions pas si prévisibles que ça puisque elles sont émaillées de moult petites surprises savoureuses, que la mise en son est claire à défaut d'être exceptionnelle, on sent quand même le petit budget, et vous obtiendrez un opus qui, s'améliorant d'écoute en écoute, est une excellente surprise qu'on ne peut que recommander à ceux qui aiment leur hardcore avec juste ce qu'il faut de mélodie, d'humour et de fantaisie.
Du post-hardcore à l'énergie positive et à l'imagination musicale sans frontière ? C'est Pulses évidemment !

Mes favoris : Speak It Into Silence, Louisiana Purchase, Sometimes Y,
Good Vibes Only (Zuckerberg Watchin'), Plastiglomerate, Graduation Day

8/10

1. Speak It Into Existence 2:51
3. Sometimes Y (feat. Max Bemis) 3:19
4. Exist Warp Brakes 3:44
5. Mt. Midoriyama (feat. Sierra Binondo) 3:11
6. Olivia Wild 3:19
8. Don't Say Anything, Just RT 4:04
9. Rebel, the Mightiest Cat 2:48
10. Plastiglomerate 3:51
11. Big Mood (feat. Joey Lancaster) 4:00
12. Graduation Day 3:03


The Used
Heartwork
2020


Après les séparations houleuses avec leur deux derniers guitaristes, l'historique Quinn Allman et l'ex-Saosin Justin Shekoski, et un précédent album qui les voyait s'éloigner drastiquement de leur emo post-hardcore infusé de pop pour une approche plus expérimentale, The Used sont de retour avec 8ème album qui semble vouloir résumer toutes les phases par lesquelles le groupe et passé et en rajouter quelques unes en supplément.
Pourtant, avec un titre qui rappelle celui de leur opus de 2009, Artwork, et une pochette étonnamment cousine de celui de 2004, In Love and Death, on pouvait s'attendre à un retour aux sources. Il n'en est rien. Au contraire, c'est d'un album absolument éclaté, écartelé même, dont il s'agit où rock, pop, funk, electronica, acoustique, noise, penchants orchestraux et quelques trucs encore sont autant de tendances détectables. Ca n'aide pas à obtenir une offre cohérente d'autant qu'un bon tiers de la tracklist est composée de morceaux dont on se serait volontiers passé (Big Wanna Be, Wow I Hate This Song, My Cocoon, Cathedral Bell, Clean Cut Heads, Heartwork, The Lighthouse). Heureusement, il reste assez de matériel pour, une fois le bon grain trié de l'ivraie, avoir une galette d'une qualité acceptable à défaut d'un grand album. Attention, on ne reproche pas à The Used de vouloir s'ouvrir musicalement d'autant que c'est parfois un pari gagnant (Bloody Nose, 1984 (Infinite Jest, Gravity's Rainbow, Darkness Bleeds FOTF), non, on regrette juste que le groupe n'ai pas su choisir les chansons les plus fortes à sa disposition pour offrir un album qui aurait certes été plus concentré, et probablement trop court pour certains, mais n’aurait pas été aussi inégal.
A vrai dire, on a trop souvent l'impression d'avoir affaire à un opus opportuniste d'un groupe essayant désespérément de rester "in" contre vents et marées et, ça, c'est pas joli joli.

Mes favoris : Paradise Lost, Blow Me, 1984 (Infinite Jest),
Gravity's Rainbow, The Lottery, Darkness Bleed FOTF

5,5/10


1. Paradise Lost, a poem by John Milton 2:47
2. Blow Me 3:20
3. Big, Wanna Be 3:30
4. Bloody Nose 3:04
5. Wow, I Hate This Song 2:56
6. My Cocoon 1:00
7. Cathedral Bell 3:04
8. 1984 (Infinite Jest) 2:44
9. Gravity's Rainbow 4:14
10. Clean Cut Heals 2:51
11. Heartwork 1:22
12. The Lighthouse 2:51
13. Obvious Blasé 2:52
14. The Lottery 2:44
15. Darkness Bleeds, FOTF 4:01
16. To Feel Something 2:56


Wake the Dead
Still Burning
2020

Pour leur nouveau EP/mini-lp, Still Burning, les marseillais de Wake the Dead proposent un hardcore entre tradition et modernité où un emocore vraiment core (à l'exemple de l'excellent Giving Up d'ouverture ou du Own Identity de conclusion), metalcore modérément metal (An Eye for an Eye) et hardcore classique (le reste de l'opus) soit un bon compromis entre agression, mélodie et groove.
Le chant, toujours hurlé comme il se doit d'être dans le hardcore qui se respecte mais modulé selon les ambiances, une certaine vélocité punkoïde tempérée par de lourds ralentissements, une belle collection de riffs relativement simples mais à l'impact réel mais aussi d'arpèges et de hooks plus mélodieux font de cette galette plutôt trop courte (19 minutes et des poussières) une vraie belle réussite d'un groupe qu'on aimerait maintenant entendre sur un format plus long parce que, clairement, le potentiel du Wake the Dead est énorme.
Certes, ce n'est pas particulièrement original mais tellement bien troussé qu'on s'en moque. Précisons que la production, idéale pour le genre, met parfaitement en valeur ces 8 compositions courtes et efficaces par sa clarté et sa puissance.
Rien à redire sauf que, vraiment, c'est beaucoup trop court et qu'on attend avec impatience la suite des aventures de ces sudistes énervés juste ce qu'il faut à l'impeccable abattage.

Mes favoris : Tout y est bon !

9/10

1. Giving Up 3:34
3. All My Flames 2:08
4. Lone Wolf 1:53
5. Back for More 2:35
6. Still Burning 1:03
7. Paradise 2:53
8. Own Identity 3:10


Wolfpack
A.D.
2020


Les parisiens de Wolfpack ne semblent avoir qu'un but dans la vie : trépaner le cervelet de leurs auditeurs !
Amalgamant présentement metalcore, breakcore, djent et quelques touches de death metal et d'industriel, ils livrent un EP court et intense qui ne laisse pas une seule seconde de répit à nos pauvres tympans sauf quand la paire de guitariste se prend de se lancer dans la finesse, mais c'est pas souvent !
L'alternance de blast beats ultraviolents et d'une oppressante lenteur donne un vrai relief à leurs compositions sans compromis, tout comme un chant passant du déclamatoire au cri de bête sauvage et même au chant mélodique sur l'excellent Prisoner.
Clairement, les plus sensibles ne voudront pas se lancer dans l'écoute de cette galette aussi courte, 16 minutes, qu'intense mais les plus aguerris, ceux qui n'ont peur de rien y trouveront leur saoul de martelage intense.
Honnêtement, c'est parfois un peu too much pour moi mais c'est indéniablement bien fait.

Mes favoris : Lurk, Calcine, Prisoner

7/10


1. Lurk 3:18
2. Haze 3:02
3. Calcine 3:10
4. Tapeworm 2:24
5. Prisoner 4:04


156/Silence
2020

Attention, voici un album qui va faire du bruit ! Et pas seulement parce que la musique de 156/Silence est furieuse mais aussi parce que, tudiou !, quelle fête !
Nous venant de Pittsburgh, le groupe a d'abord sorti un album autoproduit (And Everything Was Beautiful, 2016) avant de signer avec Innerstrenght Records pour un second (Undercover Scumbag, 2018) et de volontairement récupérer leur indépendance pour faire, ici, ce qu'ils veulent, comme ils le veulent, et, bordel à cul de pompe à merde !, qu'ils ont eu raison !!!
De fait, Irrational Pull est une leçon implacable leçon de choses en matière d'ultraviolence metalcore comme on en croise pas souvent mais aussi une affaire plus nuancée qu'il n'y paraît. Parce que si, ici, les rythmes sont indéniablement barbares, le chant écorché vif et les excès de vitesses peu nombreux mais toujours bienvenus, c'est la précision et la lourdeur de la chose qui épate. On sent dans chaque breakdown, ils sont nombreux et tous supra efficaces, l'absolue conviction d'une formation qui donne tout et le fait avec un talent qui laisse baba. Mais 156/Silence sait aussi accélérer et proposer un hardcore, ô ! jamais supraluminique, mais d'un dynamisme de malade parce que ces gars-là savent balancer de petits passages atmosphériques, de jolies mélodies de guitare pour mettre encore plus en valeur leur absolue intensité, ils vont même jusqu'à nous proposer un final où, pour la première fois de l'album, un chant mélodique aussi surprenant que bienvenu fait son apparition pour un effet... Renversant !
Et si, certes, l'influence d'un Poison the Well ou d'un Converge est évidente, audible mais tellement bien intégrée qu'on finit par l'oublier parce que la personnalité du quintet de Pennsylvnie est telle qu'elle balaye tout sur son passage.
Je ne vais pas gâcher les détails de la surprise que chacune et chacun qui s'aventurera sur cet album dangereusement addictif prendra en pleine face, je ne suis pas cruel, je vais me contenter de vous recommander, si vous aimez le hardcore métallisé, de vous ruer sur ce qui sera probablement la plus belle réussite de l'an en la matière, oui da !

Mes favoris : ...mais tout l'album, évidemment !

PS: pas eu le temps d'intégrer l'album dans mon TOP 10 mais il y mérite sa place.

9,5/10

 1. High Dive in a Low Well 2:39
2. God's Departure 2:14
3. Taste of Ashes 4:08
4. Upset, Unfed 2:24
5. Lost Visual 3:29
6. Problem Addict 3:49
7. Conflict of Interest 2:37
8. By a Thread - I Suspend 3:01
9. Irrational Pull 3:58
10. Denouement 4:26


Top Ten 01-06/2020
 Mais, mais, mais... C'est ÉNORME !

Sauriez-vous le croire, depuis le lancement de ce blog en février dernier, j'ai chroniqué plus de 200 albums de l'an (notez que ce total n'inclut pas les EPs).
Aussi, puisqu'on arrive à la moitié de ce cru 2020, dont j'ai probablement raté moult merveilles (trop de musique, pas assez de temps), il est temps de dresser un petit bilan et de vous proposer un Top 10 de mes plus grosses satisfactions de ce premier semestre. Enjoie !


1 - Fiona Apple "Fetch the Bolt Cutters"
Organique, cru, poétique, revendicatif, cathartique, avant-gardiste et 100% Fiona Apple, c'est, pour l'instant, mon album de l'année et une oeuvre aussi incomparable qu'essentielle.
L'intégrale du billet ICI.

1 - Bob Dylan "Rough & Rowdy Ways"
A 79 ans, Robert Allen Zimmerman est, plus que jamais, un des plus grands.
L'intégrale du billet ICI.

3 - Hana Rani "Home"
Une vraie surprise, un album mi-chanté, mi-instrumental d'une pianiste/vocaliste polonaise en équilibre entre pop, musique contemporaine et jazz. Révélation !
L'intégrale du billet ICI.

4 - The Amazing Devil "The Horror and the Wild"
Un concept album de ce qu'on pourrait décrire comme de la folk théâtrale. C'est verbeux mais aussi incroyablement émotionnel et original.
L'intégrale du billet ICI.

5 - Perfume Genius "Set My Heart on Fire Immediately"
Un tour de force de pop moderne d'un artiste qui ose tout, touche à tout et réussit quasiment toujours tout ce qu'il entreprend sur l'album. Epatant !
L'intégrale du billet ICI.

6 - Ka "Descendants of Cain"
Je n'avais pas cité Gil Scott-Heron dans ma chronique mais, il faut bien le reconnaître, Ka est un descendant de Gil, et un bon !
L'intégrale de mon billet ICI.

7 - Huit Nuits "Entre Deux Mondes"
Grâce et intelligence sont un mariage peu courant, c'est celui que réussissent les français de Huit Nuits sur un album poétique et fin.
L'intégrale du billet ICI.

8 - Elder "Omens"
Omens ou quand le stoner se pare de kraut et progressive rock. Une odyssée spatiale fort recommandée.
L'intégrale du billet ICI.

9 - Man Man "ream Hunting in the Valley of the In​-​Between"
En 2020, Man Man est moins étrange mais Man Man sort aussi un foutu album de pop avec juste ce qu'il faut de sorties de routes pour le rendre encore plus intéressant.
L'intégrale du billet ICI.

10 - Spell "Opulent Decay"
On hésite presque à qualifier les canadiens de Spell de Heavy Metal parce que leur cocktail est raffiné (une rareté pour le genre), revivaliste (c'est plus courant) et original. Tentez !
L'intégrale du billet ICI.

10 - Poppy "I Disagree"
Entre electro-pop bubblegum, rock industriel et metal, l'énigmatique Poppy sort un album hors norme et absolument réussi.
L'intégrale du billet ICI.


Mentions honorables : Ajoyo - War Chant, Aka Moon - Opus 111, Hanni El Khatib - FLIGHT, Brigitte Fontaine - Terre Neuve, Grimes - Miss Anthropocene, Horse Lords - The Common Task, Sierra Hull - 25 Trips, Jonathan Hultén - Chants from Another Place, Linde - Cold Sore, Once and Future Band - Deleted Scenes, Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs - Viscerals, The Strokes - The New Abnormal, Thy Catafalque - Naiv

30 juin 2020

(Un jour, un genre... en bref ! 9/14) Jazzons !

Après le thrash metal et le heavy metal... du Jazz !!! Ha oui, le changement de braquet est violent mais, bon, c'est comme ça. Et puis le jazz, n'en déplaise à certains, est une musique suffisamment protéiforme pour offrir moult expressions, comme vous allez d'ailleurs le constater avec la sélection ci-dessous, concoctée à partir d'une vingtaine d'albums puis réduite jusqu'à n'en garder que le meilleur... Enjoie.


Aka Moon
Opus 111
2020


Drôle d'idée que de s'inspirer l'ultime sonate pour piano de Ludwig Van Beethoven pour en faire un album de jazz, une drôle d'idée qui provient d'un trio belge, ici en version augmentée, une drôle d'idée qui donne un album unique en son genre.
Comme ce n'est pas la première fois que Fabrizio Cassol, avec ou sans ses compères rythmiques (Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland), frotte son jazz savant à la musique classique - Scarlatti et Mozart, via son Requiem, sont passés par là - on sait que le saxophoniste en a la capacité mais l’œuvre de Beethoven concernée, la Sonate n° 32, qui l'a longtemps fasciné comme une naissance très indirecte du jazz, lui a longtemps échappé, ne se laissant pas appréhender aisément, sans doute parce que Cassol en avait un peu peur, ou peur de ne pas être à la hauteur de la partition tant révérée...
Ici, avec la contribution du vocaliste congolais Fredy Massamba, de l'accordéoniste portugais João Barradas et, surtout, de son compatriote de pianiste, Fabian Fiorini, quatrième membre officieux de la formation pour le présent exercice, il manipule avec une délicatesse radicale et un respect iconoclaste le matériau tant désiré, tant redouté aussi ayant trouvé la voie après la lecture d'une nouvelle de la dramaturge afro-américaine Adrienne Kennedy, She Talks to Beethoven, qui lui a tracé une route d'évidence entre une Afrique dont il est familier et l’œuvre du compositeur allemand.
Le résultat est étonnant de logique, d'aisance harmonique où ce qui devrait s'entrechoquer s'épouse avec grâce et ferveur, où les additions compositionnelles du créateur et de ses invités, dont il a sollicité le muscle inventif, s'imbriquent sans anicroche à l'originelle partition qui va et vient, esprit hantant d'un album aussi beau et simple à écouter qu'il a été complexe à accoucher.
Opus 111, de fait, ne se décrit pas tant avec des mots qu'il se vit par les vibrations acoustiques et émotionnelles produites par ses exécutants. Il n'y a rien donc de mieux que de l'expérimenter par vous mêmes, d'y voyager en auditeurs contemplatifs et sidérés et d'y découvrir un monde à la fois ancien et nouveau, exotique et familier, parce qu'on n'est pas à un paradoxe près quand l'art prend une forme si totalement mystérieuse et avenante.

Mes favoris : Opening 1.1.1, Sonate 32, Bee is Black, She Talks to Beethoven,
Beyond Lands, The Black Spaniard, Towards the Stars with Ludwig

9/10

1. Opening 1.1.1 4:24
2. Chindila 10:35
3. Sonate 32 5:47
4. Bee Is Black 7:48
5. Lichnowsky Cadenza 3:47
6. The Melancholia of L. 7:30
7. She Talks to Beethoven 5:26
8. Watumbu 4:51
9. Beyond Lands 6:38
10. The Black Spaniard 6:28
11. Mr Joy 3:32
12. Towards the Stars with Ludwig 6:08


Lakecia Benjamin
Pursuance, the Coltranes
2020


Un hommage à Coltrane, ça s'est déjà vu, un hommage aux Coltrane c'est de l'inédit et la bonne idée de la saxophoniste américaine Lakecia Benjamin qui n'a pas voulu, et on l'en remercie, séparer Alice de John.
Il faut dire que Lakecia Benjamin a d'abord découvert Alice, remontant le temps pour explorer John, il n'était donc pas question pour la saxophoniste croisée aux côtés de Alicia Keys, Stevie Wonder ou Rashied Ali de séparer l'un des plus beaux et des plus aventureux couples du jazz. Tout comme il n'était pas question que son hommage aux deux figures ne fut qu'un album de jazz de plus.
Aussi bien élevée à cette musique centenaire qu'à la funk, la soul, le gospel, le rhythm and blues et le hip-hop, elle a souhaité que les deux univers se rencontrent et s'épousent en un tout organique. Le cadre établi, elle a convié quelques cadors des deux scènes à partager son aventure à la fois prospective et groovy. Ainsi retrouve-t-on Reggie Workman, Ron Carter, Marcus Strickland et Regina Carter mais aussi les plus surprenants, vu le contexte et les artistes hommagés, Meshell Ndegeocello, Dee Dee Bridgewater, Last Poets ou Georgia Anne Muldrow sans que le trait ne paraisse forcé ou la greffe artificielle.
Il est là le succès de son Pursuance, dans cette union rare mais finalement logique où l'on peut croiser le plus classique des jazz (le Liberia d'ouverture par exemple), qui tient évidemment la tête d'affiche, mais aussi des relectures ou un groove plus actuel vient s'immiscer dans une musique cependant toujours fondamentalement jazz (comme, entre autres, sur Central Park West ou Syeeda's Song Flute).
La démarche était osée mais elle est couronnée d'un vrai beau succès où des versions différentes, comme la relecture latin jazz du Spiral de John ou les inclinaisons RnB offertes au l'Om Shanti d'Alice, permettent à Lakecia de non seulement produire un vibrant hommage mais aussi d'exprimer sa sensibilité propre.
Tout ceci fait de Pursuance: The Coltranes un tribute pas tout à fait comme les autres qu'on ne saurait trop recommander.

Mes favoris : Central Park West, Syeeda's Song Flute, Spiral,
Om Shanti, Acknowledgement, Turiya and Ramakrishna

8,5/10

1. Liberia (feat. Gary Bartz) 5:51
2. Prema 6:02
3. Central Park West (feat. Jazzmeia Horn) 4:28
4. Walk With Me (feat. Regina Carter) 7:05
5. Going Home (feat. Brandee Younger and Marcus Strickland) 6:37
6. Syeeda's Song Flute (feat. Ron Carter and Keyon Harrold) 6:36
7. Spiral (feat. Steve Wilson and Marcus Gilmore) 5:43
8. Om Shanti (feat. Georgia Anne Muldrow and Meshell Ndegeocello) 5:28
9. Alabama 2:50
10. Acknowledgement (feat. Dee Dee Bridgewater and The Last Poets) 3:36
11. Pursuance (feat. Marc Cary) 3:17
12. Turiya and Ramakrishna 7:50
13. Affinity (feat. Greg Osby and Reggie Workman) 7:11



Moses Boyd
Dark Matter
2020


Le jazz moderne est une grammaire musicale protéiforme qui peut donner le pire comme le meilleur, l'imbuvable comme le délicieux. Pour Moses Boyd, batteur de son état et anglais de nationalité, c'est l'occasion de faire se rencontrer cette musique plus que centenaire qui a fait son éducation musicale avec les musiques électroniques et urbaines qui également ont peuplé sa jeunesse. Et pourquoi pas ?
En vérité, si la fusion de Boyd sonne organique, c'est parce qu'elle l'est, parce que l'adolescent du sud de Londres était aussi passionné par l'Art Ensemble of Chicago que par la jungle et le grime (le hip-hop anglais où les influences jamaïcaines ont subsisté en lieu et place de la soul/funk du rap US) et que, forcément, une fois venu le temps de faire sa propre musique, toutes ses influences se sont accumulées et épousées en un tout inséparable et fusionnel. 
Et, donc, nous voici avec Dark Matter, opus inaugural d'une carrière jusqu'alors articulée autour de ses activités de sideman, nous voici avec les cinquante premières minutes d'une carrière encore en devenir, il n'a après tout que 28 ans, où tout est encore possible mais où, déjà, se dessine une identité musicale forte. Probablement certains, les plus conservateurs, iront-ils nier l'appartenance au jazz d'une musique trop hybride et trop actuelle pour agréer avec leurs prérequis archaïques. Ce sont le mêmes, ou leurs héritiers, qui critiquèrent le be-bop comme une série d'improvisations sans queue ni tête, le free jazz comme du bruit, la fusion comme une hybridation intolérable et qui, à chaque nouvelle tendance venant pourtant enrichir un genre déjà tentaculaire, se récrient, s'indignent, s'inscrivent en faux mais, franchement, à l'écoute de Dark Matter, il faut être sourd et d'une extrême mauvaise foi, ou les deux, pour ne pas y entendre un des possibles du jazz de demain.
On y pense d'ailleurs, par exemple, aux explorations électro-jazzées d'un Nils Petter Molvær même si, ici, la priorité est de faire danser quand le trompettiste norvégien privilégiait une esthétique abstraite et cinématique. Moses, lui, peut-être aussi parce qu'il est batteur, aime le groove auquel il ajoute cuivres, basse, guitare, voix dans un ensemble qui pas si dissimilaire des jams d'un Fela Kuti mais ici plus resserrées, plus cadrées et plus modernes aussi.
Les bons moments de Dark Matter ? Ils sont légion mais on citera tout de même l'introductif Stranger Than Fiction où rythmes acoustiques et électroniques se partagent la tâche tandis que cuivres et vent (avec en tuba en guise de basse) tissent une mélodie en states d'une confondante beauté, BTB ou blaxpoitation et afrobeat poussent à la sudation gesticulatoire, Shades of You (avec la chanteuse Poppy Ajudha) où funk et jungle mènent le bal, 2 Far Gone où Moses (avec le pianiste Joe Armon-Jones) rend un vibrant hommage à Herbie Hancock via un jazz électro prenant, et le réflexif What Now? qui clôt la galette dans une ambiance rêveuse et éthérée.
Indubitablement, Dark Matter est une belle réussite et une nouvelle voix (et voie) du jazz qu'on salue et qu'on suivra, forcément.

Mes favoris : Stranger Than Fiction, BTB, Shades of You, 2 Far Gone, What Now?

8,5/10

1. Stranger Than Fiction 4:54
2. Hard Food (Interlude) 0:59
3. B.T.B 6:00
4. Y.O.Y.O 5:30
5. Shades of You (ft Poppy Ajudha) 4:20
6. Dancing In The Dark (ft Obongjayar) 4:47
7. Only You 4:46
8. 2 Far Gone (ft Joe Armon-Jones) 5:43
9. Nommos Descent (ft Nonku Phiri & Nubya Garcia) 4:36
10. What Now? 8:39


Omar Avital Qantar
New York Paradox
2020

On l'a surnommé le Mingus israélien, un sobriquet lourd à porter vu la carrière, le talent et le pouvoir d'innovation du tempétueux Charles. Ici, accompagné de quatre compatriotes également exilés dans la grosse pomme, il rend hommage à la ville qui l'a accueilli. Mais tout ça ne nous dit pas si Omer Avital est bien le fils putatif, l'héritier artistique de ce diable de Mingus... Alors ?
Alors Omer Avital n'est pas le Mingus israélien et laissez-le tranquille avec ça, il est lui-même et, en l'occurrence, tout comme pour la quinzaine d'albums qu'il a précédemment publié, ça lui suffit.
Certes, c'est un contrebassiste virtuose, un compositeur et arrangeur imaginatif et inspiré, un band-leader décisif mais là où Mingus, tête chercheuse et de cochon aussi, redéfinissait le jazz, Omer Avital ne fait qu'explorer les possibles fusions entre son héritage ethnique, sa passion latine et sa résidence new-yorkaise. Ce qu'il fait très bien, d'ailleurs, sur ce New York Paradox pas spécialement innovant mais glorieusement troussé et brillamment solaire.
Pour revenir et conclure sur l'histoire du surnom, clairement, Avital est influencé par Mingus, ça s'entend dans les arrangements "mini big band" qu'il applique à sa formation, et ça le fait, en particulier sur l'étourdissant Just Like a River Flows et ses 9 minutes avec son piano tantôt nostalgique, tantôt joueur, son duo de saxophonistes complémentaire qui s'entrecroise en question/réponse sur un arrangement précis et précieux de haute volée. C'est d'ailleurs une qualité qu'on retrouve tout au long de l'album, cette capacité, qu'avait Mingus aussi, de faire sonner une formation relativement réduite, ici un quintet, comme un petit orchestre de jazz.
Sinon, on se doit de louer la gestion des influences et leur assimilation à un son total d'une extrême cohérence. Ici, le klezmer, les tonalités orientales, les emprunts latins et la tradition blues et jazz ne font souvent qu'un évitant ainsi le petit jeu de piste auditif au bénéfice d'un tout organique.
In fine, au bout de 57 minutes qui passent comme un charme, on n'a pas été déçu une seule seconde. Minorons simplement l'effet en admettant que tout ceci est d'un absolu classicisme post-bop mais bon, tout le monde ne peut pas réinventer la roue et Avital et les siens nous donnent du bonheur, c'est déjà énorme.

Mes favoris : Shabazi;, New York Paradox, Just like the River Flows, Todays Blues

8/10

1. Shabazi 7:05
2. Zohar Smiles 7:26
3. New York Paradox 7:59
5. It's All Good (Late 90s) 5:14
6. Today's Blues 6:13
7. C'est clair 7:22
8. Bushwick After Dark 6:34



Soften the Glare
Glint
2020


Formé par Bon Lonzaga (basse) de chez Gong/Gongzilla et Ryan Martinie (guitare) des nu-metalleux de Mudvayne, Soften the Glare fait dans le jazz fusion, en trio. Glint est leur second album après un Making Faces (2017) qui en a surpris plus d'un parce que, indéniablement, on n'attendait pas qu'un pareil projet ni un tel line-up réussisse à tant se démarquer du pré-carré de son guitariste.
Pour le coup, s'il y a un groupe qui mérite bien l'étiquette obsolète de jazz rock, souvenez-vous, c'est ainsi qu'on appelait le jazz fusion, c'est bien Soften the Glare qui, que ce soit au niveau du son, de la structure de ses titres ou de l'énergie qu'il y mettent produisent vraiment une fusion de rock et de jazz.
Techniquement, c'est impeccable. On savait déjà que Bon Lonzaga était un bassiste de haute volée, on découvre que, quand il n'est pas limité par le carcan des affreux avec qui il se produit habituellement, Ryan Martinie est vraiment une fine gachette de la six corde capable de convoquer l'esprit du Jeff Beck des 70s mais aussi de Buckethead sans pour autant imiter ni l'un, ni l'autre. Il faut aussi saluer le batteur de l'exercice, Mitch Hull qui produit une performance technique et nuancée du niveau de ses collègues de circonstance.
Stylistiquement, il y a ici un festival de basse slap donnant à l'opus un petit quelque chose de funk pas désagréable. La guitare, quant à elle, tire alternativement les compositions vers le rock (quelques gros riffs), le math rock (pas mal d'accords angulaires) sans oublier le jazz, composante non négligeable de la proposition sonore de Martinie. Si toutes les compositions ne sont pas aussi mémorables, il y a de vrais beaux moments sur cet album surprenant de diversité. On citera Palimpsest pour ses matheuses inclinaisons, Aposematic pour la ludique façon dont il se balade d'un genre à un autre, Because I Love You pour ses gros riffs à la King Crimson mais aussi ses climats plus éthérés, Cluck avec ses inflexions country, l'énergie cartoonesque de son intro et de sa conclusion et son petit violon bien senti, Nemo's Travels pour son progressisme nous amenant de l'apaisant au frénétique sans pour autant perdre sa mélodie et, enfin, Above Ground en jolie sortie d'exercice comme un résumé de tout ce que le trio nous a proposé précédemment.
Notons enfin que quelques invités sont venus épaissir la formule du trio parmi lesquels la claviériste Linda Angel, déjà présente sur le premier album du trio, mais aussi quelques discrets cuivres qui ne volent jamais la vedette aux principaux protagonistes, et le violon de Gregory Meckley. Aucune star à signaler mais que des contributions néanmoins valables et bienvenues.
Doté d'une mise en son claire et nette, avouons tout de même que cet album autoproduit à une certaine tendance à l'essoufflement dans une seconde moitié pas désagréable mais souvent un peu redondante.
Glint n'en reste pas moins un album qu'on recommandera aux amateurs de rock ouvert au jazz et vice versa.

Mes favoris : Palimpsest, Aposematic, Because I Love You,
Cluck, Nemo's Travels, Above Ground

7/10

1. M.A.P. 0:15
2. Palimpsest 4:44
3. Aposematic 4:44
4. Because I Love You 5:04
5. Hedonic 7 4:57
6. Cluck 5:14
7. The Adventures Of Ed F 7:35
8. ...And Her Cousin Too 4:31
9. La Trampa 4:37
10. Nemo's Travels 4:45
11. 9 Reasons 4:18
12. Storm Trooper Blues 4:37
13. Above Ground 4:04


Trilok Gurtu
God Is a Drummer
2020


Quand un prodige des percussions sort son nouvel album, on prête l'oreille. Quand c'est l'excellent Trilok Gurtu et que l'album s'appelle God Is a Drummer, on offre toute son attention parce que, forcément, c'est à d'une œuvre mystique de haute volée qui va nous être proposée.
Est-il encore besoin de présenter le percussionniste (également vocaliste pour l'occasion) indien Trilok Gurtu, lui qui, en solo ou aux côté de, pour ne citer qu'eux, John McLaughlin, Joe Zawinul, Claude Nougaro, Jan Garbarek, Bill Laswell ou Leonard Bernstein, s'est imposé comme l'un des plus grands et des plus polyvalents de son multiple instrument ?
En 2020, entouré d'un groupe dévoué à donner vie à son univers exploratoire et mondialiste, Trilok, bientôt 70 ans et près de 50 ans de carrière, continue d'étendre son catalogue multiculturel avec un album aussi court, à peine plus de 40 minutes, que réussi. Ici, outre 7 compositions flirtant souvent avec le jazz fusion et les musiques du monde qui ont fait son internationale réputation, Gurtu propose des interludes à la fois savants et émotionnels lui permettant d'explorer, encore et toujours aux tablas, son goût immodéré pour les polyrythmies indiennes. Mais si ces interludes sont autant de pauses bienvenues, c'est évidemment dans les autres pistes de God Is a Drummer que réside la substantifique moelle de l'opus. Sur celles-ci, plus souvent batteur que percussionniste, Gurtu explore les possibles de sa grammaire musicale mêlant un jazz fusion qu'il connait par cœur à la musique indienne de son enfance, des détours orientaux (Madre), de latines circonvolutions (Obrigado), de tempétueux climats rythmiques flirtant avec l'électronique sans en être (Indranella) ou de péri-orchestrales explorations du jazz (Try This) pour le plus grand plaisir d'auditeurs ravis de la belle ballade auditive.
Sans doute pas l'album le plus décisif de sa longue et riche carrière, God Is a Drummer n'en demeure pas moins une vraie belle réussite à laquelle, si l'on veut vraiment pinailler, on pourra simplement reprocher une certaine stérilité digitale de la prise de son. Mais ce n'est pas suffisant pour nous empêcher de goûter à une belle œuvre d'un musicien encore bien vivant et toujours aussi créatif.

Mes favoris : Obrigado, Madre, Indranella, Try This

8/10

1. Josef Erich 5:40
2. Connect (Interlude) 0:18
3. Obrigado 6:39
4. Connecting (Interlude) 0:40
5. Holy Mess 6:18
6. Still Connecting (Interlude) 0:24
7. Madre 6:50
8. Connected (Interlude) 0:56
9. Samadhan 7:02
10. Indranella 2:45
11. Try This 4:39


Gorilla Mask
Brain Drain
2019


Souvent le jazz est une musique pépère qu'on écoute un cocktail à la main en se disant que, vraiment, ces musiciens savent tourner autour des mélodies. Parfois, ça s'appelle Gorilla Mask et c'est une sacré fiesta d'étrangetés hétéroclites menée par une formation qui ne respecte rien et surtout pas une certaine tradition séculaire.
Un saxophone (tantôt baryton, tantôt alto), une basse électrique et une batterie, il n'en faut pas plus pour le leader belgo-canadien, Peter Van Huffel, et ses deux compagnons, l'allemand Roland Fidezius, bassiste électrique puissant et polyvalent, et le batteur/percussionniste  autrichien Rudi Fischerlehner, un sacré marteleur de peaux, pour violenter la tradition et créer une musique où chaos et beauté vont souvent de pair. Ici les influences sont diverses : jazz, bien sûr, c'est le terreau sur lequel le trio fait pousser ses étranges fleurs, rock et punk aussi, c'est l'élément électrique et violent qui lui permet de souvent sortir de ses gonds, mais aussi l'avant-garde dont il use tant en version écrite que pour ses improvisations échevelées. Le résultat est un album angulaire et chaotique où la mélodie n'est pas absente mais souvent malaxée, triturée pour en sortir autre chose que ce que la convention impose.
Si l'écoute de Brain Drain n'est pas exactement facile, il y a sur l'album une tension de tous les moments, la musique qu'il contient, viscérale et transcendantale, n'est pas aussi absconse qu'on pourrait le penser. Déjà parce qu'il y a souvent un vrai beau groove dans les créations libres du trio, ensuite parce que l'énergie que déploient les musiciens est plus souvent communicative qu'aliénante. On a même, épisodiquement, droit à un petit quelque chose de plus traditionnel comme, par exemple, un Avalanche!!!, coltranien en diable ou un The Nihilist où un saxo éthéré se ballade sur d'étranges polyrythmies. Et puis, le trio sait parfois se faire carrément fun comme sur un Hoser inspiré du surf rock et du psychobilly.
Passionnant de bout en bout, Brain Drain est évidemment plus à recommander à ceux que le free jazz moderne et ses improbables fusions attire mais les curieux auraient tort de se priver parce que, vraiment, l'expérience vaut d'être vécue.

Mes favoris : Rampage, Brain Drain, Caught in a Helicopter Blade,
Avalanche!!!, The Nihilist, Hoser

9/10

1. Rampage 4:40
2. Brain Drain 6:07
3. Drum Song 6:09
4. Forgive me, Mother 4:31
5. Caught in a Helicopter Blade 5:51
6. AVALANCHE!!! 3:07
7. Barracuda 4:01
8. The Nihilist 4:13
9. HOSER 3:53


Jan Simonsen Quartet
2020

Groupe norvégien venu du cœur des 70s mais jamais publié jusqu'ici, le Jan Simonsen Quartet, dont le leader était influencé par Herbie Hancock et McCoy Tyner, se voit honoré, longtemps après sa cessation d'activité, de la sortie d'une session à l'aura mystique que le quintet avait enregistré dans une église en février 76 (le premier titre en septembre 75).
Mené par le pianiste Jan Simonsen, ces sessions sont l'occasion d'entendre une formation méconnue pratiquant un jazz classique tel qu'il se jouait à partir la seconde moitié des années 60. Alors, non, ce n'est pas particulièrement "cutting edge" mais, avec un groupe d'instrumentistes de fort belle qualité et sur des compositions mélodiques et inspirées, c'est d'un vrai bon album de jazz à l'ancienne dont il s'agit.
Outre le leader, un pianiste fin, on citera le flutiste Svein Hansen qui forme, avec le saxophoniste Trond Mathisen, un joli duo qui est souvent la force moteur de l'élégance mélodique de la formation. Notons aussi que ce jazz groove sympathiquement grâce à une section rythmique organique (Kristian Røstad et Thor Bendiksen, respectivement contrebassiste et batteur) mais aussi aux ajouts percussifs du saxophoniste et du flutiste rajoutant un petit côté latin jazz à la musique du quintet, et pas seulement sur la reprise de l'Afro Blue du cubain Mongo Santamaria.
Bel exemple de post-bop, l'éponyme du Jan Simonsen Quintet n'est pas une œuvre innovante, juste une quarantaine de minutes à l'impeccable captation permettant de plonger dans une proposition restée trop longtemps inédite qui démontre que le jazz est une musique internationale que des instrumentistes inspirés, comme c'est le cas ici, peuvent pratiquer quelque soit leur nationalité. C'est aussi une bonne occasion de découvrir ce quintet aux petits oignons qui méritait mieux que son complet anonymat et se voit donné une chance, fut-elle post-mortem, de faire entendre sa musique. Mieux vaut tard que jamais.

Mes favoris : Martin, Agnus, Fire Sju

7,5/10

1. Martin  7:16
2. Afro Blue  9:25
3. Agnus 9:07
4. Fire Sju 6:54
5. Kyrie 7:17

(Un jour, un genre... en bref ! 11/14) Viva Indie!

L'indie c'est un peu une catégorie fourre-tout, ce que vous allez d'ailleurs constater avec la sélection du jour où, franchemen...